Ce qui me ronge

Comme une série au format non conventionnel, les épisodes se suivent mais s’espacent dans le temps de façon irrégulière.

Parfois, j’ai envie de parler, parfois non, ou du moins pas avec vous. Avec personne en fait.


Comme la rouille qui ronge l’acier, la dépression me ronge avec plus ou moins d’insistance.
Discrète ces derniers temps, elle est en fait rester sagement tapis dans l’ombre aiguisant ses arguments pour trancher dans la chair, là où les cicatrices essaient de se refermer.

Je suis un diesel. Je mets du temps à faire les choses, je mets du temps à me rendre compte des choses. Et puis un jour, ça déraille, ça casse.

La goutte d’eau a mit du temps à déborder. Je me suis presque noyée.
Ce sentiment de se dire : « aller, juste un geste et la douleur disparaît… pour toujours ».
Ne plus vouloir ressentir cette douleur infinie au fond de soi. Ne plus vouloir ressentir ce glacial environnement des abysses. Plus tôt mourir que d’y retourner !

Voilà ce qui m’arrive.


Je me raccroche aux branches tant que j’en ai encore la force. C’est une bataille de chaque instant.
Un petit truc prend des proportions dantesques qui génèrent une réaction hors de contrôle. De la panique à l’état pur. La raison fout le camp à vitesse grand V.
Dans mon cas, le corps aussi fait ses valises. Le cerveau débranche tout. Il est en mode reptilien.

Ma parole est affectée. Les phrases se bousculent dans ma tête, je hurle même intérieurement, mais les sons ne sortent pas. Parler demande beaucoup d’énergie et mon cerveau fait : « non pas assez de carburant pour ça ».

Ma mémoire aussi me joue des tours. Trouver des mots parfois très simples est compliqué. Je me suis par exemple vue être incapable de prononcer le mot « table » parce que je ne l’avais plus. Mon cerveau ne me donne plus accès à ma bibliothèque personnelle parce qu’à nouveau cela demande trop de carburant.

Mon corps tremble notamment mes mains de façon incontrôlable. Faire certains mouvements devient, aussi, compliqué comme se lever, prendre une bouteille d’eau, l’ouvrir…

Le cerveau dans sa quête de sauvegarde met tout en pause.

C’est très handicapant au quotidien. Et le pire c’est que cela vous déprime encore plus parce que vivre avec ces séquelles, c’est épuisant.


Parfois j’aimerai débrancher mon cerveau pour qu’il arrête de réfléchir.

Comme dit Brel : « être une heure, une heure seulement, être une heure, une heure, quelque fois, être heure, rien qu’une heure durant, beau, beau et con à la fois ».

Mais aussitôt, je me dis : « plus tôt mourir que de passer à côté de toutes ces merveilles ! ».


Alors, malgré mes envies suicidaires, je voudrai vous dire merci d’être là, de partager avec moi ce qui me raccroche encore un temps à la vie. Merci.

19 commentaires

      • Aie… courage ça va aller ! C’est facile à dire mais je sais que ce long chemin difficile peut être très difficile. N’hésite pas à en parler autour de toi (encore une fois, facile à dire qu’à faire surtout si on a du mal à expulser nos émotions)

      • Les personnes autour de toi ne veulent pas forcément en entendre parler… Et je n’ai pas forcément envie de le leur dire. Il est plus facile d’écrire sur son clavier que de parler à des gens qui me sont proches. Et puis avec mes soucis d’élocution ce n’est pas évident. Cependant j’ai beaucoup plus de personnes qui peuvent m’écouter aujourd’hui qu’hier 🙂 . De plus j’ai depuis mis des mots sur ce que j’ai. je l’accepte aussi mieux donc je peux, au moins, espérer avoir des moments où cela va mieux.
        Les émotions font des montagnes russes. Elles vont très vite en ce moment !! Je n’arrive plus à suivre. Heureusement j’arrive encore à me raccrocher aux branches.
        Advienne que pourra !

      • Elles ne veulent pas ? Elles te l’ont dit ? Si c’est ça, c’est qu’elle en valent pas la peine alors. Après, je comprends car je n’aime pas forcément saouler les autres mes histoires et je préfère écouter les soucis des autres comme si j’étais une psy. J’ai toujours préféré le coucher sur un papier ou au clavier (je devrais reprendre un journal intime tiens)
        Ca a mi du temps à te rendre compte de ce que tu as ? Des fois, on le sais mais on refuse de le reconnaître qu’on va mal.

        T’en fais pas, ça va aller ! Si besoin, faut pas hésiter à en parler (que ça soit en privé ou en article, ça ne peut que faire du bien !)

      • Tu sais quand tu vas voir la médecin du travail parce que tu te rends bien compte que ce que tu vis dans l’entreprise n’est pas bien du tout et qu’au bout de la troisième fois, elle te dit : « vous avez un CDI tout de même »… tu ne te rends pas forcément compte de ta maladie. C’est noyé dans l’ensemble. La seule chose que tu sais, c’est : je souffre à en mourir et personne ne voit que j’appelle au secours. A l’époque, la dépression était encore plus tabou qu’aujourd’hui (merci la pandémie d’avoir mis cela en lumière !). De plus difficile de poser le diagnostic surtout quand tu vas par exemple faire une échographie mammaire et que le médecin te dis « oh, tout le monde est dépressif aujourd’hui! », comme si c’était une mode et non une maladie parfois très grave. Le regard sur les maladies psychologiques commencent tout juste à changer. Pourtant cela a des incidences sur le physique. Moi, je sais que j’ai grillé en peu de temps de nombreux points de vie. Je ne sais pas vraiment dans quelle proportion mais j’ai vieilli en vitesse accélérée.

        Merci en tour cas pour tous ces jolis mots 🙂 . Cela me réchauffe le coeur et l’âme.

      • Je t’en prie c’est tout à fait normal. Je suis également passée par une dépression à cause de plusieurs facteurs et lorsque j’étais en couple, il ne m’a pas tellement aidée… enfin, quand j’en parlais, j’ai pas eu le sentiment d’être prise au sérieux (la dernière fois que nous en avions parlé, il a été un peu dur et ça m’a pas mal brisé le coeur…).
        En fait, la dépression est un tabou mais tout le monde pense que c’est un effet de mode sauf que c’est loin d’être une passade en mode je me la joue dark Sasuke Uchiwa. A cause du regard et de l’avis des autres, on ne se rend pas compte ou on refuse de voir la vérité sur notre mal être (si on ne compte pas notre fierté).
        J’ai quand même peur de rechuter en ce moment car il y a pleins de choses que je souhaite faire mais je m’en empêcher pour des raisons personnelles. Je me dis même que je suis en train de gâcher ma vie alors que je ne suis pas si vieille quoi (31 ans mais quand même j’ai envie de profiter de ma trentaine pour rattraper la grosse partie de mes 20 ans que j’ai perdue).

        Quand on nous dit « oh mais tu as une belle vie » ou autre, ça m’énerve… pourquoi nous faire culpabiliser ? On a pas le droit d’être mal ? On a pas le droit de se plaindre ? Plus le temps passe, plus ça m’exaspère ce genre de remarque. Et bien oui, on va mal et on vous emmerde. Ca ne nous plait pas non plus mais c’est comme ça. Petit rappel, la France est l’un des pays (si ce n’est pas LE pays) le plus consommateur d’anti-dépresseurs ce qui n’est pas rien.

      • Moi ce qui m’énerve c’est quand j’entends les pseudos conseils pour « s’en sortir » comme si c’était juste une question de volonté. Le pire : sortir, aller voir des amis. Problème : quand tu es dépressif, parler est une chose très dure à faire et sortir cela peut devenir très vite compliquer…
        En tout cas, je suis de tout coeur avec toi ! On va se serrer les coudes 🙂 .
        Je t’avoue une chose : je sais comment remonter le moral des gens donc compte sur moi !!!! 😀
        Par contre comme le cordonnier qui est le plus mal chaussé, je ne sais pas le faire pour moi.
        Alors haut les coeurs ! La vie n’est peut-être pas simple mais le peu de temps que nous sommes là, faisons en sorte que notre vie soit d’une honnêteté envers nous-même ! Apprenons à nous écouter, à nous féliciter, à nous aimer si personne d’autre ne peut/veut le faire !!!!
        Je te tiens virtuellement la main mais prête ? Je sais que tu vas y arriver. Tu es brillante, étincelante. je suis très contente d’avoir fait ta connaissance 🙂 .

      • C’est ça… c’est ultra facile de dire qu’il faut sortir etc… où que c’est une question de volonté. Alors oui peut-être la volonté mais même avec toute la volonté du monde, ça ne va pas partir sur un coup de baguette magique.
        Sortir, ça fait du bien ouais mais quand la réalité nous rattrape, ça fait re-mal.
        C’est exactement ça et surtout avec des amis ou la famille -(j’ai eu énormément de mal à le reconnaître moi-même déjà alors à en parler avec la famille…).
        C’est toujours comme ça, on sait comment faire avec les autres, mais pour soi non !

        Merci beaucoup pour ces mots ! Ca me touche sincèrement et je pense pareil (et quel plaisir de rencontrer des fans de Madonna !). Les rencontres virtuelles sont celles qui ont stimulé ma culture G en plus. Ce qui n’est pas énormément le cas des rencontres en IRL.
        En tout cas, je ferais tout pour ne pas rechuter !

  1. Allez ! Courage ! Je comprends que c’est difficile mais il faut chercher le positif de chaque journée qui commence, tous les minis bonheurs ou petites joies qui traversent chaque jour. Il y en a, il faut s’y accrocher.

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