Absence de modèles féminins

Quand je regarde en arrière, je m’aperçois que jamais la société m’a présenté des femmes comme modèles ou du moins en dehors de l’aspect esthétique.

Remontons à l’enfance, à l’école.
Ma mémoire n’est certes pas énorme mais dans mes souvenirs je ne me rappelle pas que l’école m’ait montré des parcours de femmes dans lesquels je pouvais me projeter. Seule Marie Curie semblait trouver sa place. Exception à la règle. Impossible de l’évincer. Par contre une multitude d’hommes m’ont été présentés.
Le roman national raconte l’Histoire par le regard masculin. Tout ce qui a été fait, ce sont les hommes qui l’ont réalisé. La femme était juste cette silhouette à côté du grand homme.

Avec du recul je me rends bien compte que la seule chose que la société attendait avant tout de moi était de me marier, d’avoir des enfants, de m’occuper de ma famille, de mon foyer. Ma destinée était celle d’une ombre.
Fort heureusement, j’ai grandi dans une époque où les femmes commençaient à avoir du pouvoir. C’est la culture pop qui m’a permis de voir la vie par un autre prisme et d’imaginer un futur en dehors du foyer.

Madonna a pour moi été salvatrice. Elle a montré à la petite fille que j’étais qu’un autre futur était possible. Que, oui, une femme peut avoir du pouvoir, décider d’être autre chose qu’une potiche. C’est sans doute pour cela que je me suis accrochée à elle. C’est aussi sans doute à cause d’elle que je me suis rendue compte qu’il y avait un écart entre ce que l’on m’apprenait et ce que je pouvais être réellement.

En fait je ne sais pas trop comment vous expliquer ce poids pernicieux de l’enseignement bien imprégné des places que chacun doit avoir dans la société.
Mais comment une petite fille peut se projeter dans l’avenir si elle n’a pas des modèles qui lui ressemblent ?
Inconsciemment j’ai appris que les hommes pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient de leur vie : cosmonaute, charpentier, chercheur… L’Histoire est là pour me le démontrer !

A quel moment à l’école parle-t-on des femmes ?
Où sont-elles durant l’Antiquité ? Que font-elles au Moyen-Âge ? Que disent-elles sous le règne de Louis XIV ? Quelles actions ont-elles mené durant les deux guerres mondiales ?

Je peux vous citer un grand nombre d’hommes de l’Antiquité qui ont « bien évidemment » posé les bases de nos savoirs : Aristote, Pythagore, Thalès…
Au Moyen-Âge, les chevaliers partaient en Croisade, défendaient leurs terres, se battaient dans des tournois.
Sous Louis XIV, le roi imagine Versailles en compagnie de Le Nôtre, il pose les bases de la danse classique, écoute Molière, Racine.
Durant la première guerre mondiale Clémenceau impose son pouvoir de décision, Pétain « gagne » Verdun.
Durant la seconde, ce dernier fait vivre des heures sombres réactionnaires à la France pendant que Jean Moulin sauve la France ou du moins ce qu’il en reste en compagnie de De Gaulle.

Voilà ce que l’on m’a appris à l’école.

Ce n’est que récemment que j’ai commencé à comprendre que les femmes avaient tout bonnement été effacées de l’Histoire alors qu’elles en avaient écrit de très grandes lignes.
Certes certaines n’ont pu être oubliées, mais dites-moi combien de femmes illustres pouvez-vous citer ?

Comment être fière d’être une fille, une femme dans ces conditions ?
Grandir avec ce sentiment d’être inférieure est destructeur. Cela efface toute estime de soi, toute confiance en soi.
Le pire est qu’en tant que femme j’ai mis très longtemps à prendre conscience de cela. J’ai absorbé ce discours, je l’ai fait mien. Impossible d’imaginer autre chose puisqu’une seule possibilité m’a été martelée.
Aujourd’hui je le conçois comme un lavage de cerveau. Je commence tout juste à m’en défaire. Ma curiosité, mon envie d’apprendre m’a permis de m’extirper de ce schéma.

L’accès à la connaissance est primordiale, vitale même. C’est d’ailleurs pour cela que pendant très longtemps les femmes ont été éloignées de la lecture, de l’écriture. C’est malheureusement toujours le cas dans bon nombre de sociétés actuelles.
Pour garder prisonnier une personne dans une condition, point besoin de verrou et encore moins de barreaux. Il suffit juste de le plonger dans l’ignorance.

Les mentalités changeront quand nous parlerons des hommes et des femmes qui ont fait notre histoire, de manière égalitaire.
Parce que ce n’est pas qu’un enjeu pour les petites filles, n’oublions pas les petits garçons. Souvent oubliés de l’équation, éduquer les garçons est aussi important qu’éduquer les filles. Ils comprendront que les femmes peuvent faire de grandes choses au même titre que les hommes.

C’est ça pour moi l’éducation. Nous devrions le savoir c’est l’un de nos fondamentaux, c’est l’une de nos valeurs : « Liberté, EGALITE, Fraternité ».

4 commentaires

    • Ce n’est pas facile de poser des mots sur des ressentis mais je pense qu’il faut commencer à le faire pour bien comprendre les choses.
      Aujourd’hui je perçois des sous-entendus sociétaux vis à vis des femmes que je ne voyais même pas avant.
      Merci #metoo, merci la jeune génération, merci internet.
      Et merci de partager mes ressentis 🙂 .

      • Il est troublant de constater que nos ressentis sont partagés par tant de personnes…
        Oui, merci à Internet, à #metoo, etc….

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