Un prince rien que pour vous

Si la bande dessinée est loin d’être un royaume pour les femmes en tant que lectrice, le Japon a cette particularité d’en proposer à tour de bras. Certes le coeur de cible des manga reste les adolescents mais au Japon, le marché est ultra segmenté et chose unique les femmes écrivent/dessinent pour les femmes. Du coup, la jeune femme adulte (et un peu plus) trouvera des histoires pour la faire s’évader.

Le mois dernier, je vous avais proposé de faire un tour du côté de la mangaka Yuki Yoshihara, aujourd’hui, nous allons découvrir Maki Enjoji.

maki enjoji

Les thèmes favoris de Maki Enjoji sont les situations improbables. L’héroïne est confrontée dans le cadre de son travail, de sa vie à devoir affronter un ou plusieurs hommes dans une situation souvent abracadabrante, pas vraiment réaliste au premier abord.
Contrairement à Yuki Yoshihara, Maki Enjoji est beaucoup plus ancrée dans l’univers de la femme japonaise. Ici, les héroïnes ne sont pas réellement libres, épanouies tel que nous pouvons l’entendre ici en France.
Dans ses histoires, nous sentons le poids de la société sur ce que doit être une femme japonaise : une bonne épouse à la maison. Cependant, nous pouvons y ressentir un changement léger mais certain : nos héroïnes ne se laissent pas si facilement faire et veulent garder une partie de leur indépendance si durement acquise.
Les hommes, chez Maki Enjoji, sont un peu perdus. Dans leurs attitudes, ils sont pédants, imbus d’eux-même et sûr de leur pouvoir. D’ailleurs elle les représente souvent en chef d’entreprise, en prince… le héros est toujours un as dans sa catégorie donc forcément au dessus de tout le monde ! Mais la rencontre avec nos héroïnes met à mal leur statut de mâle tout puissant…
En somme Maki Enjoji donne une idée très réaliste de la vie de couple : les concessions se passent des deux côtés.

Si comme je viens de le dire, les situations de départ peuvent paraître très farfelues (c’est aussi ce qui fait indéniablement le charme des récits), il est très facile de se projeter dans l’univers que décrit chaque histoire parce que Enjoji parle du quotidien, des sentiments qui naissent sans que nous nous y attendons…

Le premier manga à paraître en France de cette mangaka est « Private Prince », en 2009. Série en trois tomes, elle conte l’histoire d’une jeune étudiante voulant se rapprocher d’un prince pour parfaire son mémoire sur le pays de celui-ci. Seulement voilà, le prince est un pervers ne voulant se rapprocher de notre héroïne que pour « profiter » de sa forte poitrine !
Point de départ assez intriguant pour un manga pour femme puisque ce genre de récit se trouve plus facilement dans les récits pour garçon… Mais au lieu de tomber dans de l’érotisme de bas étages, Enjoji pointe le sérieux des études universitaires entreprises par notre héroïne qui par celles-ci veut échapper à la vie qui lui est promise (celle de devenir la prochaine patronne du Ryokan familial). Ainsi que sur le prince pas si obnubilé que ça par le sexe…

privateprince

Le deuxième a être paru est sans aucun doute son plus gros succès en France : « Happy Marriage ?! » en 2010. Cette série comporte 10 volumes.
Nous suivons Chiwa, employée de bureau des plus classiques qui va se retrouver mariée en un jour au directeur de son entreprise !!
Phénomène encore bien présent au Japon, le mariage arrangé est ici pris à contre pied. Sous des allures bien banales, l’histoire s’avère très complexe. Le beau directeur a un sale caractère, Chiwa mettra du temps avant d’apprendre pourquoi il a accepté ce mariage arrangé par son propre grand père et à voir derrière la carapace de cet être beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît. Quant à elle, Chiwa va s’affirmer et se découvrir bien au delà de ce qu’elle aurait pu faire.
Ce manga est un délice dont je ne me lasse pas de lire !

happymariage 00happymariage

Vu le succès en France, un tome a même été édité en édition limitée avec une couverture spéciale et des cartes postales ainsi qu’un marque page ! Ce genre de produit très prisé par les japonais arrivent depuis quelques temps en France mais cela reste assez rare.

happy mariage kaze (1) happyparriage special

En 2014, c’est au tour de « Night Café », une romance en trois tomes.
Cette histoire est vraiment classique, sans doute trop. Hina, jeune veuve de 23 ans (!) découvre que son mari lui a légué un café tenu par trois jeunes hommes. Dès les premières bulles nous comprenons qu’elle va retrouver l’amour… Enjoji surfe sur la mode des Club d’hôtes (dont je vous parlerai un jour) mais de manière détournée pour être plus politiquement correct.
Pas foncièrement indispensable mais cela reste agréable.

nightcafe

Toujours en 2014, commence la série (encore en cours) de « Dear Brother », histoire en 5 tomes. Le point de départ est le plus bizarre des histoires que nous connaissons de Maki Enjoji, en France.
Momo est séparée de ses frères alors qu’elle n’est encore qu’une jeune enfant suite à la mort de son père. Ceux-ci sont adoptés par des familles d’accueil tandis qu’elle reste avec sa mère. Quinze ans plus tard alors qu’elle est prête à se marier, elle décide de les revoir mais la rencontre ne se passe pas comme prévu…
Malgré un scénario un peu branle ballant, nous sommes happés par les mystères qui entourent cette famille étrange.

dearbrother

Sans conteste si je devais choisir un récit de Maki Enjoji, je vous enjoindrai de lire « Happy Marriage ?! », l’un des meilleurs manga que j’ai lu ces dernières années. C’est pétillant, intriguant, sensuel, tout pour faire un très bon manga !
Pour ce qui est du reste, je reste une lectrice inconditionnelle et achète les yeux fermés les différentes histories traduites en France. Cependant, je trouve ses scénarios un peu répétitif et ses dessins trop similaires d’une historie à l’autre pour pouvoir les dissocier les uns des autres. A noter que vous êtes sûrs dès que les hommes sont plusieurs que celui qui va être en couple avec l’héroïne sera le brun ! Pas si anodin que ça puisque les japonais sont tous bruns… Cela gâche un peu le suspens.
Une nuance tout de même, peu d’oeuvres de Maki Enjoji sont arrivées jusqu’à nous, seules les dernières et populaires ont été traduites en français. Il nous reste à découvrir beaucoup de cette mangaka.
En résumé (en prenant compte que des histoires traduites en France), des histoires peut être trop proches des shôjô pour adolescentes même si une fraîcheur bienvenue se dégage de l’ensemble de l’oeuvre de Maki Enjoji.

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