Marilyn par Jean Howard

Dans le cadre de notre calendrier maison 2014, Marilyn, pour le mois de Novembre,  s’offre au regard de Jean Howard.

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Cette photographe est un mystère pour moi. La photo de notre calendrier a refait surface récemment via le net tout comme les autres photos de la séance en question.
Par contre le doute n’a jamais été émis pour la photographe : Jean Howard.

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Qui est donc cette femme ayant croisé Marilyn à plusieurs reprises, l’ayant photographiée mais dont nous n’avons jamais entendu parlé excepté ces derniers temps ?

J’ai donc cherché, fouillé… peu d’informations. J’ai tout de même trouvé un livre édité en 1989 mais là aussi très peu d’informations sur son contenu. Et puis lors de mes recherches sur les années 90, au hasard d’un Vanity Fair de 1991 avec Madonna en couverture, banco !! Un sublime article sur Jean Howard avec une interview très intéressante !

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Jean Howard naît le 13 octobre 1910 à Longview au Texas sous le nom d’Ernestine Hill.
A la fin des années 20, elle découvre Hollywood. Pour Jean cet endroit est le paradis sur Terre. Elle veut faire partie du rêve.
En 1930, suite à une annonce, elle se retrouve comme figurante avec Betty Grable (alors âgée de 14 ans) et Paulette Goddard dans une scène du musical « whoopee » produit par Samuel Goldwyn et Florenz Ziegfeld. Six mois après le crash de Wall Street elle se retrouve avec un contrat de figurante pour 75 dollars par semaine.
Zeigfeld a besoin de 4 jolies jeunes femmes pour sa prochaine production à Broadway avec pour star Marilyn Miller. Jean est engagée et c’est là que son nom est changé en Jean Howard. Mais son père meurt dans un accident et elle doit retourner à Dallas. Six mois plus tard, Zeigfled la rappelle pour ce qui deviendra les dernières « Zeigfeld Follies« . Ruiné par la crise de 1929, il meurt en 1932.
En 1933 elle est de retour à Hollywood. Elle y signe un contrat à la MGM. Dans ce grand studio elle passera plus de temps devant les caméras des photographes que celles de cinéma, d’après ses propres mots.
Elle jouera tout de même dans quelques films depuis oubliés mais c’est durant cette année 1933 qu’elle rencontre Charles Feldman, agent d’acteurs et d’actrices qui deviendra l’un des plus grands dans ce domaine. Elle l’épouse à l’automne 1934. Elle réalise alors que vivre sa vie avec Feldman est plus important pour elle que de jouer, et que son rôle le plus important sera d’être derrière la caméra.

jean howard book 00 Comme Jean le dit si bien, le Hollywood des années 20 et 30 est un monde très petit dans lequel tout le monde se connaît. Elle devient amie avec Greta Garbo, Cole Porter (qu’elle rencontre lorsqu’elle était une Zeigfeld girl) et sa femme Linda qui sera le mentor de Jean question style. Daryl Zanuck, Elsa Maxwell, Howard Hughes, Howard Hawks, Henry Hathaway, Gene Tierney, Tyrone Power sont des intimes comme la famille Kennedy (avant que John devienne président)… Elle connaîtra tous les grands noms de cette époque allant des années 30 aux années 60.
Lorsqu’elle s’installe avec Feldman au début des années 40 à Coldwater Canyon, elle ne se doute pas encore qu’elle sera l’une des hôtesses les plus prisées d’Hollywood. Tout ce beau monde arpente les couloirs, le jardin de cette maison pendant toute une décennie et elle les suivra dans bien d’autres endroits…. avec son appareil photo.En février 1944, Frances Goldwyn (la femme de Samuel) l’invite à dîner. Elle lui présente une graphologue Hilde Berle. Celle-ci demande à Jean d’écrire une phrase. Elle écrit alors « today is a beautiful day ». Jean est dubitative quant à ce que Hilde va bien lui dire par rapport à son écriture. Elle sera surprise lorsque celle-ci lui dit qu’elle a un don pour la photographie et qu’elle devrait aller l’étudier à la très réputée école The Art Center se trouvant, ici, à Los Angeles.
Ce n’est que quelques mois plus tard qu’elle ira effectivement s’inscrire à cette école, ce qui changera à jamais sa vie.
Elle se perfectionne et s’amuse à photographier ses amis lors notamment de matchs de cricket instaurés par Zanuck en 1946. Ces matchs intéressent Life. Jean se voit alors proposer de faire un reportage qui sera effectivement publié dans Life cette année-là. A partir de ce moment là elle commence sérieusement à penser à l’idée de vendre ses photographies qu’elle faisait jusque là par plaisir.
Et c’est ce qu’elle fera !! Elle travaille alors pour Harper’s Bazaar, Look magazine et même Vogue…
En 1946, elle divorce de Feldman. Cela ne les empêchera pas de rester de très bons amis jusqu’à la mort de celui-ci en 1968.
Elle se remariera en 1973 à Tony Santoro qu’elle fréquente depuis le milieu des années 60 et qu’elle a rencontré lors d’un voyage en Italie. A partir de là, elle profite de la vie et ne photographie plus, d’ailleurs beaucoup de gens qu’elle a cotoyé ne sont plus de ce monde.

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Sur le lot de droite vous reconnaîtrez le Duc et la Duchesse de Windsor ! en compagnie d’Elsa Maxwell et de Clark Gable dans le Sud de la France dans la commune d’Auribeau près de Cannes en 1948. Etaient aussi présent ce soir là Mr et Mme Zanuck, Tyrone Power, Jack Warner…

Dans l’article de Vanity Fair de 1991, malgré ses 80 ans, elle a l’air toujours aussi pétillante. Après la sortie du livre « Jean Howard’s Hollywood, A photo Memoir« , elle s’apprête à sortir un nouveau livre consacré exclusivement à son ami Cole Porter : « Travels with Cole Porter« .
Durant l’interview elle dit même qu’il serait peut être temps d’écrire son autobiographie… ce qu’elle ne fera jamais.

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Elle meurt le 20 mars 2000, à l’âge vénérable de 90 ans après une vie bien remplie. Même si elle n’a pas eut le temps d’écrire ses mémoires, son livre sur Hollywood peut être considéré comme tel vu toutes les anecdotes qu’elle diffuse à chaque photo publiée dans ce livre.

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Je dois avoué que ce livre est une mine d’or que ce soit visuel ou pour les anecdotes. J’y ai appris énormément de choses sur Hollywood. Je le compare à un trésor perdu parce que c’est un livre dont on ne parle jamais et qui pourtant est un pur condensé de ce qu’était Hollywood à la grande époque. Sincèrement achetez-le !!! C’est un délice, chaque page vous réserve des surprises, c’est absolument impressionnant.
Une véritable découverte, vous allez être totalement bluffé. Courrez l’acheter !

Mais revenons à Marilyn.

Jean la rencontre pour la première fois en 1950 dans son jardin. Marilyn accompagne Elia Kazan qui avait un rendez-vous d’affaires avec Charlie Feldman. La rencontre est brève. Marilyn attend sagement, seule auprès de la piscine. Jean lui demande si elle veut boire quelque chose, Marilyn refuse poliment, Jean retourne à ses occupations.
En 1953, Jean retrouve Marilyn sur le tournage de « How to marry a millionaire » durant lequel elle réalise quelques clichés. D’autres photographes sont présent ce jour là comme Earl Thiesen.
Jean est sur le tournage parce que son mari Charles Feldman est un agent producteur influent travaillant quasiment exclusivement avec la Twentieth Century Fox. Charles veut faire signer la star montante qu’est Marilyn. Le contrat entre l’actrice et la Feldman Famous Artists Agency sera signé à la fin de l’année 1953 après l’échéance du contrat qui lie Marilyn à la William Morris Agency.
A savoir que c’est Feldman qui, en 1951, avec négocié le deuxième contrat de Marilyn avec la Twentieth Century Fox.

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A noter que la photo de « Gentlemen prefer blondes » est une photo réalisée lors d’une projection privée. Jean n’a pas été présente sur le tournage de ce film.

En 1954, Charles Feldman est l’acquéreur des droits cinématographiques de la pièce à succès « Seven Year Itch« . Il en deviendra producteur. Pour l’anecdote il est aussi à l’origine de l’adaptation cinématographique d’ « Un Tramway nommé désir ».
En novembre 1954, c’est Feldman qui organise avec Billy Wilder, une soirée dédiée à Marilyn à la fin du tournage de « Seven Year itch ». La soirée a lieu au Romanoffs et tout Hollywood est là. C’est ce soir là que Marilyn rencontre pour la première fois Clark Gable. A noter que la photo ci-après est bien prise par Jean Howard mais avec l’appareil de Sam Shaw. A côté Marilyn danse avec Charles Feldman.

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La collaboration entre Feldman et Marilyn prendra fin en 1955. Vu la relation entre le Studio et Feldman, Marilyn pensait (certainement à juste titre) qu’il ne pouvait défendre ses nouvelles ambitions d’émancipation à l’égard de la Fox. Milton Greene appuya Marilyn dans sa décision.

Selon Jean Howard, ce n’est qu’en 1957 ou 1958 qu’elle put faire une véritable séance photos avec Marilyn à New York. Elle lui demanda de venir à son studio situé sur la77ème rue est. Marilyn accepta et arriva avec une heure et demi de retard.
Jean se rappelle que Marilyn était la personne la plus coopérative qu’elle ait jamais photographiée. Marilyn porte sur les premiers clichés avec la cage à oiseaux, une robe noire à fine bretelles qu’elle nommait sa « lucky dress ». Même si Marilyn trouvait instinctivement la bonne façon de poser avec cette cage, ce n’était pas ce que cherchait Jean. Elle voulait autre chose, loin des clichés glamour, sexy qu’elle avait tant l’habitude de voir à propos de Marilyn. Elle est donc allé voir dans son dressing et est revenue avec sa veste favorite de chez Hattie Carnegie. Et là, Jean a trouvé la véritable Marilyn.
Jean rapporte que peu de temps après cette séance, elles se revirent à une soirée durant laquelle Marilyn dit : « Jean a pris les meilleurs photos de moi que j’ai jamais eu ».
A noter que la date donnée par Howard paraît un peu bizarre eut égard à la coiffure de Marilyn. Moi je pencherai plus pour 1956. En 1957, ses cheveux étaient plus long. Sachant que la date souvent accordée à cette séance est 1954… comme je l’ai fait jusque là ! Mais je pense que c’est une erreur. Cependant, en cette année 1954, nous avons beaucoup vu Marilyn porter cette petite robe noire à fine bretelles… Les paris sont ouverts !

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Dans l’interview de 1991, Jean a un regard très nostalgique et plein de regrets sur Marilyn. Elle dit : « pourquoi ne me suis-je pas assise à côté d’elle et parlé avec elle comme une amie ? Si Marilyn avait rencontré Linda Porter (la femme de Cole), sa vie aurait été un peu mieux ».

Pour conclure quoi de mieux qu’une photo. Nous sommes durant la soirée de novembre 1954, Sam Shaw prend alors en photo à table Charles Feldman, Marilyn et Jean Howard.

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Retrouvez toutes les photos de ce post dans les albums : « Marilyn Monroe Photographes« , « MM How to marry a millionaire« , « Hollywood golden age » et « Marilyn Monroe 1954« .

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2 réflexions sur “Marilyn par Jean Howard

  1. Merci pour ce bel article enthousiaste! Suivant tes conseils, j’ai commandé le livre, impatiente d’en savoir plus! merci pour cette jolie découverte..

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