Images dérisoires, le début du manga en France

Ma passion pour la pays du soleil levant a commencé dès ma plus tendre enfance.
Comme beaucoup de trentenaires et quarantenaires, je fais partie de cette génération qui a vu arriver sur les écrans français les dessins animés nippons (DAN). Aujourd’hui ils font partie du paysage mais à l’époque ce fut une révolution.

Jusqu’au 3 juillet 1978, à part le Roi Léo qui avait réussi à arriver jusqu’à nous, les aventures de héros nippons nous étaient complètement inconnues !
En tant qu’occidentaux, les héros étaient plus tôt européens ou américains : Mandrake, Zorro, Tarzan, Superman, Batman, Spiderman… Lorsque Goldorak est arrivé sur Antenne 2 ce fameux 3 juillet 1978, tout le monde eut un choc. Les enfants que nous étions sont tombés en amour de ce robot et de son pilote Actarus. La Folie Goldorak s’est emparée de la France pour ne plus jamais la quitter.

parismatch1979 goldorak parismatch1979 goldorak 00

Les héros nippons vont alors envahirent les écrans français avec Candy, Albator, Cobra, Signé Cat’s Eyes et tant d’autres. Ma maman m’a raconté que je ne voulais jamais loupé un épisode de Candy… j’étais véritablement accro !

Les années 80 ont été une véritable aubaine avec un nombre plus qu’impressionnant de séries nippones. Les petits français ont grandi avec le Japon sans réellement s’en rendre compte.
Si les premières séries étaient des aventures interstellaires, futuristes, beaucoup d’autres séries nous ont conté des aventures du quotidien japonais. La plus marquante reste certainement « Juliette, je t’aime« . Mais comment oublier « Lucille, Amour et Rock’n roll« , « Creamy« , « Nicky Larson« 
Je ne peux toutes les citer mais toutes ces séries m’ont marqué au fer rouge, me familiarisant à une culture totalement différente de la nôtre.

maisonikkoku

Les années 90 sont arrivées, les enfants avaient grandi, certains n’ont pas voulu lâcher leur passion naissante pour le Japon. Le Club Dorothée étaient une mine d’or pour les fans des DAN.
Et puis tout à coup, nous prîmes une grande claque, c’est DAN n’étaient que le haut de l’iceberg ! Nous apprîmes que l’origine de ces séries qui nous berçaient depuis 2 décennies, étaient des livres : les MANGA.

Au milieu des années 90, des éditeurs commencèrent à en éditer. Glénat lança « Akira » qui devint vite un succès. La boule de neige si petite soit elle, se mit à rouler… pour ne plus jamais s’arrêter de grossir.

akira12

Au printemps 1996, à l’aube de mes 20 ans, je n’avais toujours pas quitté ma frénésie de DAN qui me permettait de voir le monde avec d’autres yeux que ceux des Occidentaux.
J’ai découvert dans un supermarché au milieu des livres de poche, l’édition de « Nicky Larson » !!! Ma série favorite !!! J’ai donc commencé sa lecture. En même temps, j’ai découvert un magazine : « Animeland« .

cityhunter tome1 fr animeland

Une nouvelle dimension prenait forme. J’avais des informations incroyables sur l’univers de la « japanimation ». Je suis devenue boulimique de savoir achetant tout ce qui avait attrait au Japon.
Dans cet univers des fans d’animation et de manga de l’époque, le plus fascinant était de voir cette envie d’apprendre, de comprendre. Notre monde ne se limitait pas à ces dessins animés ou de papier, nous voulions tout connaître du pays qui les avait vu naître : le Japon. Cette époque était vraiment béni.

l'usinenve 1999 télérama 2002 shojo mag 2006

Les DAN ont déserté la télé française qui leur a reproché d’être trop présent… Les dirigeants avaient-ils peur que la jeune génération prenne en référence une autre civilisation que celle de l’Occident ? Peut-être…
Toujours est-il que l’on peut supprimer des émissions télé mais pas des livres.

Ma génération avait déjà basculé sur le manga. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’à leur lecture nous avons vite compris que les DAN étaient une version adoucie de leurs homologues papier.
Que ce soit au Japon ou en France, il est plus facile de parler de certaines choses dans un livre plus tôt qu’à la télé. Les DAN sont fait pour être vu par le plus grand nombre, il faut donc ne pas se voir censurer. Pourtant, le Japon nous a prouvé quelque chose que la France ne comprenait pas encore : le dessin animé n’est pas fait que pour les enfants.

Les sujets des manga sont très variés. Avec les années, j’ai appris que chaque manga avait son public. La marché nippon est extrêmement fragmenté.
La grande majorité est consacré aux adolescents. Elle se divise en deux catégories : le shônen (pour les garçons) et le shôjô (pour les filles). Mais à l’intérieur de ces deux catégories vous avez encore des subdivisions !!! Les plus nombreuses sont dans le shôjô.

L’apparition du shôjô en France fut un énorme choc pour moi. Jusqu’en 1998 et la traduction de « Fushigi Yugi » de Yuu Watase par Tonkam, les filles avaient été totalement oubliées. Pourtant bon nombre de DAN diffusés dans les années 80 notamment par la Cinq, étaient des adaptations de titres shôjô très populaires : « Creamy« , « Gigi« , « Vas-y Julie« , « Laura ou la passion du théâtre« , « Lady Oscar« …
La frilosité des éditeurs à se lancer sur ce segment venait sûrement du fait que les lecteurs de Comics et de BD franco-belge sont des garçons. Quel est l’intérêt de raconter des histoires de filles ? Et bien les japonais avaient une fois de plus un train d’avance !! Dès les années 70, le shôjô a explosé dans les librairies japonaises.
J’ai oublié de vous préciser que ces histoires de filles sont écrites par des filles ! Connaissez-vous des auteurs de comics ou BD franco-belge féminins ?
Malgré une société ultra patriarcal, le Japon a donné une place aux filles…

fushigi watase

Rapidement, les éditeurs se sont lancés dans l’édition de titres totalement inconnus du public français comme vous avez pu le voir avec « Fushigi Yugi » que seuls les lecteurs de manga sont censés connaître. Le succès était encore plus imposant que pour les titres déjà connus.  Nous avions tout à découvrir.

De quelques titres, nous sommes arrivés à des centaines, des milliers. Notre boulimie a continué. Une autre génération a aussi pris le pas de la lecture des manga au point de devenir le deuxième pays consommateur de manga après le Japon !!!

De nouvelles catégories sont apparues, plus adultes. Les collections grandissent avec nous.
Personnellement, j’ai lu à outrance du shôjô jusqu’à l’âge de 30 ans mais les aventures de lycéens ont commencé à me lasser, je n’y trouvais plus de connexion avec ma propre vie.
Les éditeurs ont compris que le premier public à l’origine de ce phénomène était toujours là. Nous avons alors vu la traduction de titres traitant de la vie d’adultes. J’ai commencé une nouvelle phase dans ma boulimie de manga. Je me suis mise à lire du « Josei » (pour les jeunes femmes adultes) et du « Redisu » (pour les femmes adultes).
La fragmentation du marché du manga n’est pas aussi imposante qu’au Japon mais nous en avons une belle palette.

josei redisu

Vers la fin des années 2000, début des années 2010, le marché a commencé à stagner voir régresser. Beaucoup d’éditeurs ont traduit tout et n’importe quoi sous prétexte que c’était du manga et que cela allait forcément se vendre… erreur. Si le lecteur de manga est boulimique, ce n’est pas pour autant qu’il lit n’importe quoi !
Les éditeurs ont tout acheter sans réellement prendre en compte la qualité du produit. Entre temps les japonais ont aussi pris conscience de l’intérêt du marché français. Et croyez moi, les japonais sont féroces en négociation !
Les jeunes générations ne sont pas les mêmes consommatrices  que la génération ayant grandi avec les DAN. Elles sont plus volages. L’arrivée d’internet a énormément changé la consommation de produits culturels. Le net permet d’accéder à de nouveaux produits directement, comme les Drama.
Voilà pourquoi des éditeurs se sont recentrés sur la génération d’origine dont je fais partie mais qui ne veut plus des histoires d’ados (ou sporadiquement). Aujourd’hui, les tirages sont moins impressionnant sur ces titres mais le public est là, toujours présent.

J’espère que cette petite histoire mêlant ma passion et l’évolution du manga en France, vous a permis de mieux comprendre cet univers foisonnant. Mon récit est loin d’être exhaustif ; petit à petit nous en reparlerons.

LEXIQUE

DAN : Dessin Animé Nippon

Manga : mot japonais traduit par « image dérisoire ». L’initiateur reconnu de ce genre est Hokusaï au XIXème siècle. Cependant l’essor du manga dans la forme que nous connaissons, date de l’après guerre avec Osamu Tezuka, auteur du « Roi léo », « Princesse Saphir », « Metropolis », « Astro, le petit robot »…
Ce terme désigne exclusivement le papier. En France, il est utilisé de manière globale recouvrant les magazines, les livres, les dessins animés, les films d’animation…
La lecture d’un manga se fait dans le sens de lecture japonais, c’est à dire de droite à gauche. Très peu de manga traduit l’ont été dans le sens de lecture occidental.

Goldorak : Contraction de Goldfinger et Mandrake. Au Japon, son véritable nom est Grendizer. A savoir qu’il n’est pas aussi connu au Japon qu’en France. Mazinger est la Star des robots. Leur papa est Go Nagai, aussi, créateur de Cherry Miel et Devilman.

Candy : connu au Japon sous le nom de  « Candy Candy ». Depuis 1998, la série télévisée est interdite de diffusion dans le monde entier suite à un procès entre la dessinatrice Yumiko Igarashi, et la scénariste Kyoko Mizuki. Chacune voulant s’octroyer le titre de créatrice du personnage.

Albator : connu au Japon sous le nom de « Harlock », a pour créateur Leiji Matsumoto.

Cobra : plus connu au Japon sous le nom de « Cobra space adventure », est né sous la plume de Buichi Terasawa.

Singé Cat’s Eyes : plus connu au Japon sous le nom « Cat’s Eye », a été créé par Tsukasa Hojo, aussi auteur de « City Hunter » (Nicky Larson).

Juliette, je t’aime : ou au Japon, « Maison Ikkoku » a pour auteur Rumiko Takahashi, connue aussi pour « Urusei Yatsura (« Lamu » pour nous autres français) et Ranma 1/2.

Lucille, amour et rock’n roll : aussi nommée « Embrasse-moi Lucile » a pour nom d’origine « Aishite Naito ». C’est une oeuvre de Kaoru Tada.

Akira : est l’oeuvre de Katsuhiro Otomo de la fin des années 80. Cette oeuvre de science fiction a bouleversé les codes de la bande dessinée et de l’animation en Occident et particulièrement en France.

Animeland : magazine spécialisé dans l’animation japonaise et ses dérivés, fut d’abord un fanzine. Au fil du temps, il est devenu une véritable bible. Toujours édité, avec l’évolution du marché et l’émergence d’autres magazines spécialisés, il a perdu un peu de sa superbe mais reste une référence.

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4 réflexions sur “Images dérisoires, le début du manga en France

  1. Oh mon Dieu, Fushigi Yugi!! Que de souvenirs… Cette Miaka completement cruche mais au coeur grand comme l’océan, Tama-chou et surtout, surtout, mon chouchou: Nuriko!

    • Ce fut un véritable choc de le lire !! C’était vraiment le tout premier manga réellement pour filles édité en France qui n’avait aucun support animé pour en assurer le succès.
      En 2001 Yuu Watase était venue à Angoulème. J’ai eu l’honneur de la voir et d’avoir des livres dédicacés par elle.
      C’est l’une de mes mangaka préférées.
      C’était incroyable de la voir en vrai. J’étais toute intimidée par cette auteur que j’admirais… Un très beau souvenir.

  2. Un article super qui me donne envie de continuer ma collection de dvd de mes mangas, j’ai l’idée de montrer à mes enfants (quand j’en aurai) les mangas et dessins animés que je regardais petite, pas ce qu’on voit en ce moment que je trouve idiot je trouve. Continue ton blog que j’adore avec toujours autant Marilyn, Madonna et plus mangas STP ça fait rêver je m’évade et j’adore ça 😉

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